Poèmes de Ronsard
mercredi 30 novembre 2011, par
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Vu que tu es plus blanche
Chanson
Vu que tu es plus blanche que le lis, Qui t’a rougi ta lèvre vermeillette D’un si beau teint ? Qui est-ce qui t’a mis Sur ton beau sein cette couleur rougette ?
Qui t’a noirci les arcs de tes sourcils ? Qui t’a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ? Ô grand beauté remplie de soucis, Ô grand beauté pleine de grand liesse !
Ô douce, belle, honnête cruauté, Qui doucement me contraint de te suivre, Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté, Avecque toi je veux mourir et vivre.
* * * * *
Sur mes vingt ans, pur d’offense et de vice
Sur mes vingt ans, pur d’offense et de vice, Guidé, mal-caut, d’un trop aveugle oiseau, Ayant encore le menton damoiseau, Sain et gaillard je vins à ton service.
Mais, ô cruelle, outré de ta malice, Je m’en retourne en une vieille peau, En chef grison, en perte de mon beau : Tels sont d’Amour les jeux et l’exercice.
Hélas, que dis-je ! où veux-je m’en aller ? D’un autre bien je ne me puis soûler. Comme la caille, Amour, tu me fais être,
Qui de poison s’engraisse et se repaît. D’un autre bien je ne me veux repaître, Ni vivre ailleurs, tant ta poison me plaît.